Format 1,36 x 0,86 cm. Support bois traité. Poids 40 kilos. Cette oeuvre est visible en permanence à la Cathédrale de Papeete.
J'ai voulu dans cette réalisation faire la fusion entre l'époque classique (les marbres) et l'époque byzantine (les smaltes en or de l'auréole), séparé dans la réalité par plusieurs siècles. L'empire d'orient (byzantin), a réalisé plusieurs représentations en mosaïque du Christ Pantocrator (maître de l'univers) , celui ci est résolument original car bien qu'il bénisse avec les deux doigts levés (symbolisant sa double nature: le divin et l'humain), il ne tiens plus dans la main gauche le livre de l'Alpha et l'Oméga...(mais peut être l'a t'il dèjà transmis?, en cela il est devenu "invisible", voir plus bas) et son vêtement n'est pas bleu... (Nous n'avons pas voulu avec Alain tout "emprunter" dans la symbolique, voir plus bas).
Dessin d' Alain Joannis, ancien professeur de l'école des Beaux-Arts de Mulhouse.
L'art sacré tel que pensé au moyen âge, interprété dans cette réalisation:
De l'image à l'imaginaire: du regard à l'univers mental.
Lorsque l'image ne se contente pas d'illustrer mais signifie, elle doit, pour être comprise, utiliser un code. L'image assemble un jeu de lignes et de couleurs, du trait et de la couleur résulte la composition, porteuse de signification, elle transmet et crée, elle suggère le sens, faisant appel pour interpréter les figures à la mémoire culturelle, enfouie dans le subconscient, c'est elle qui identifie le code. vu sous cet angle, l'image met en image l'invisible caché. L'oeil lit et regarde l'oeuvre pour contempler à travers elle l'invisible. Verticale, la composition donne une saisie immédiate de l'ensemble. Mais l'oeuvre d'art n'est pas seulement un reflet. Signifier, c'est transmettre un enseignement. Le message est de recueillir et diffuser le savoir (représenté traditionnellement à partir du XII par la présence du livre). Le travail de l'artiste s'efface devant la signification. Le rôle du mosaïste est donc humble mais essentiel puisque il introduit à ce mode de connaissance intuitive où la beauté visible mène à la beauté spirituelle. L'oeuvre des hommes ne fait qu'imiter la nature, et retrouver en elle ses proportions. Elles sont la beauté cachée. Pour que cette beauté apparaisse, elle doit être éclairée. La lumière est un flux d'énergie qui se répand et pénètre les corps, auxquels elle donne un degré de luminosité et fait vibrer les couleurs. Le fond d'or (l'auréole) marque la rupture entre le monde céleste et monde d'ici bas, il déplace la scène dans une autre dimension.. La lumière solaire qui doit éclairer l'image représente et symbolise la lumière spirituelle. Une oeuvre lumineuse illuminera les esprits pour qu'ils aillent par des lumières vraies vers la vrai lumière. Un objet d'art sacré n'est pas un objet décoratif, sa signification n'épuise pas son sens. L'artiste conçoit un message pictural qui serait le signifié et dont les formes de l'image serait le signifiant. Par ce biais, qui est à la fois celui du trait, de la couleur, de la composition, on fait intervenir le conceptuel, ou du moins l'abstrait dans le domaine du sensible. Chargé de manifester la parole divine, l'art sacré suggère une réalité dont il exprime l'absence, lié au Livre. C'est le témoin d'une culture scripturaire, c'est le rapport de la réflexion entre le texte et l'image, lui même entre le Livre et la Parole, tous deux d'origine divine. L'image devient, comme la liturgie, une voie d'accès au divin. La fonction du visible est de signifier l'invisible. Texte et image deviennent tous deux des signifiants dont le signifié est la Parole divine. Il est impossible, à cette époque, d' imaginer l'art pour l'art.